Pamela Bram
Jeune poétesse chilienne. Pendant des années, elle a éparpillée sur la toile des miriades de poèmes. L'amour éperdu et impossible est son thème récurrent. Mais, pas seulement... La solitude, la folie, l'enfance... font partie des thèmes qu'elle aborde avec une écriture fine et délicate, méandreuse, précieuse... Planètes et horloges, Née pour plevoir, Fleurs d'Argile... sont quelques titres de recueils, jamais publiés sur papier. Márgenes de un libro usado (Marges d'un livre usé) est le titre d'un recueil à sortir prochainement en volume. Les fragments publiés ici ont été recueillis et traduits par l'auteur de ce blog
Fragments
Il y a des fumeurs de fleurs
Il y en a d’autres qui vous parlent comme si vos regards se connaissaient
depuis quelque improbable voyage,
alors que se voir jamais n’a été chose sûre.
Mais un homme existe-t-il qui puisse nous prononcer originellement ?
Je connais cette sensation de malaise et les doigts ridés après avoir fumé.
…
Je repense aux coquelicots. A tes coquelicots…
Je crois qu’une fois dans ma vie, une seule fois, j’en ai eu un entre mes doigts.
Je n’ai pas osé le humer. S’il en perdait le parfum, jamais je ne me le serais pardonné.
Il faut qu’une certaine magie demeure
*
En ce moment, j’aimerais oublier tout ce que je vis quotidiennement et faire comme ces ours qui prennent leur tanière pour l’hiver… je veux lire ces livres que j’avais mis de côté il y a si longtemps… écouter la musique à tout berzingue, comme si la fin du monde approchait. Et marcher sans peur de la pluie ou du froid… faire tant de choses…
*
Depuis hier je suis de retour, il y a une semaine que je suis au dehors. J’en ai profité pour dormir de mon plus beau sommeil en retard. Et pourtant, une fois de plus, ouvrir les yeux ce matin n’a rien eu de facile. Sans doute devrais-je user de mon temps différemment, comme par le passé, pou une plus grande introspection, loin du tumulte des grandes villes. Ecrire, en regardant passer les choses, oubliant presque la phase émotionnelle dont de plus en plus je me passe, sentir le vide de l’existence tout au fond de moi-même, et non pas l’éluder, comme je l’ai fait dernièrement.
*
La vérité, c’est que je sens l’ennui prendre possession de mon esprit, tel un manteau plutôt désagréable. Je me sens paralysée, sans train d’atterrissage. Je lis le livre de Marguerite Duras, et j’ai du mal à avancer. Au-delà des problèmes de langue et de temps, je crois que c’est le récit aussi … fulgurant comme l'amour, silencieux comme la mort, grave comme la folie, âpre comme la révolution, magique comme un jeu sacré...
Je penserai à Edgard Morin…
*
Mon petit prince
Vincent…
Que le temps passe
Ma petite aventure
Lorsque nous parlions du monde
Et des planètes qui chantent des chansons
Qui ne sont plus des berceuses.
*
C’est la nouvelle année… En ce début d’année 2000 et quelque… ou tout autre imposée par la calendrier, je ne m’attends pas à être heureuse. Sauf par instants… Le reste du temps qu’il soit temps d’apprendre, de tomber ou de se relever, je serai comme une goutte de pluie de plus sur la planète.
Cela fait presque une semaine que je ne voyais plus le coucher calme du soleil.
*
Jusqu’aux feuilles mortes semblent sur Toulouse prendre des couleurs autres, et crisser différemment sans doute…
Et, comme en revenant en enfance, la fenêtre ouverte, ensoleillée et lumineuse, alors que tu es déjà sur la rive élégante de l’hiver, je te demande…
Veux-tu qu’on soit amis ?
*
Nouvelle année
J’aime les cartes postales, mais je ne sais jusqu’où ira le ciel.
La migraine est de tous les mauvais moments.
Si tu y vas… mets-moi de côté un peu de ton haleine, je veux respirer fort, là, dans Argés.
Ici, dans mes mains, ce n’est pas encore l’hiver.
Mais les cloches de l’arrivée d’un nouveau chiffre sur le calendrier ne laisse sur ma jupe qu’un mot impossible…
« Oublier ».
*
Cette couleur dans le ciel est un mélange de saveurs et d’odeurs étranges
qui me rappellent un pays autre.
Après, dans l'auto, la vitre à peine à la moitié de sa vie, je me rends au charme des arbres de la route…
Quelle belle image !
*
La lourdeur du ciel
plein de rochers
et de sable transparent
*
Chili. Région n° 9, la rue de presque tous les jours
Et cet arbre
Que je vois changer de saison
Comme on change d'habit.
*
Une place… balade genre touriste
Sortant du nid
Des attentes pour rien.
*
Près de Valdivia
Avant la mort du soleil, tout ce bleu.
Une cigarette
Et le vent bleu.
*
Je ne pourrai jamais décrire ce que l’on sent pieds nus au milieu d’un chemin éternel qui ne sera jamais couvert.
A mon tour de prendre le côté du miroir ; je vais voir si j'ai retenu les gestes que tu fais quand tu es seule. Je veux connaître ce jour après lequel tu cours. Je veux le retenir et te l’offrir pour que tu dises « merci », tout en sachant que ce mot est absent du dictionnaire, et que malgré tout tu pourras le prononcer sans que ton orgueil soit classé en faillite.
*
[j’ai parfois l’impression d’une couleur récurrente, un signe, une éternité faite de feuilles qui crissent et ses bras…]
*
le temps a passé
tu empruntes la même rue
tu sens qu’elle a changé
et même que tes yeux sont plus vieux
ou simplement différents
*
Je dois aller à *, c’est à une heure d’ici. J’y passe le meilleur de mon temps. Hier, alors que j’attendais que le feu passe au vert, je regardais l’éclairage public, des fils dont je prenais jadis des photos, comme par vice. Je me demandais quelle photo je pourrais te montrer, quelle image pourrait résumer ce que je vis au quotidien… et je pense l’avoir trouvée, mais mon appareil fait ce qu’il veut, je ne l’utilise plus depuis des mois, j’en ai abandonné l’idée. Vois-tu comment à chaque fois dans chaque chose on renonce à une partie de soi ?
*
Ici quelqu’un est déjà passé.
J’aime fouler ces feuilles mortes.
*
Sentir la rouille à l’intérieur, c’est s’éloigner lentement.
*
Chaque fois que nous parlons puis nous arrêtons de parler, je sens de nouveau que je m’égare.
*
J’aime la femme qui avance
Sans se demander jusqu’à quand le vent
Jouera avec ses sentiments
Puis, tout sera voyager sur un baiser
D’elle, jusqu’à son nom
Sophia.
*
Je ne suis jamais loin de ses grands yeux qui ont ri avec moi, là-bas au nord, dans les collines près du port.
*
Je n’oublierai jamais son écharpe bleue, son odeur de bois, sa voix, sa vie… et ce mouchoir blanc, si à moi, si à l’abri entre ses mains
*
Avec lui j’ai appris que si tu fermes une porte c’est un monde que tu fermes
Que tu peux te rendre invisible en cachant tes mains avec tes yeux
Que les fleurs aussi ont froid et qu'elles ont peur
Que chaque jour est unique et que la vie passe, aussi fragile et légère qu’un sourire.
(même s’il y a des moments où il croise les bras et parle seul)
Avec lui, les contes que j’écris ont des fins heureuses.
*
Amie, laisse-moi t’écouter et te dire
Quel a été le goût de tout ce temps
D’absence.
Le jour viendra où la fumée
sortira de nos bouches
Laisse-moi t’embrasser et recevoir ton baiser !
*
Pas même tes souvenirs ne t’appartiennent, quelqu’un a dû t’inventer une enfance à la mesure, dans une ville à l’intérieur des terres.
Il semble que les aiguilles de mes lèvres et les bouts de mes doigts vont fondre au feu. J’éteins et le calme revient, le silence. Une semaine après l’autre.
(par suite, j’ai osé te parler, et en partageant une cigarette, nous avons compté les vagues, conté nos folies, nous nous sommes menti sur nos vies)
*
Et le temps ne cesse d’aller venir tourner en rond
Une mappemonde remplie de tout ce que les oiseaux attendent
Et tu souries
Et je souris.
J’ai toujours rêvé d’un jour orange.
*
Je l’ai trouvée au beau milieu d’un après-midi. Quelle est, lui dis-je, cette vieille amitié que tu gardes dans tes mains. Elle m’a surprise, elle m’a émue avec un peu de sa tendresse.
Elle m’a dit que c’était son enfant et qu’elle l’aimait, puis elle le caresse, l’approche d’elle et lui parle comme quelqu’un qui s’occupe d’un enfant ou d’un ami fragile.
Je ne pouvais rater une telle scène
Il ne sera plus pareil de voir cette roue qui tourne ou cette sphère transparente avec lui à l’intérieur… dans la maison.
*
Je regrette parfois ce temps où seul importait d’être libre
Où les sourires venaient naturellement
Et les années à venir
N’étaient qu’un tas d’ « on verra bien »
Sauf que maintenant plus de dame peignant des huiles surréalistes
Elle est loin
Et des yeux verts il n’y en a plus beaucoup dans mes soirées
C’est l’âge peut-être
Ou qu’en vieillissant un peu de notre âme se détache
Et que juste un peu de temps nous est donné
Pour évoquer le bon vieux temps
*
Il y a trop de mondes essayant de tenir
Et peu de possibilités d’atteindre une corde
Oublier les nœuds
S’attacher
Se détacher
Sans tomber dans l’orage.
*
Chaque balançoire qui se laisse séduire par le vent,
me rappelle qu’il n’y a pas
de plus beau voyage que celui
que l’on fait sans payer,
à l’intérieur de soi.
Que je peux pincer le peu d’humain qui me reste
et redevenir l’héroïne que l’on voyait souvent dans tes caricatures
Je viendrai. Toujours.
*
Nous la fuyions parce qu’elle riait fort comme quand il pleut et il n’y a plus de parapluie sur pied
Il n’y avait qu’à courir et attendre la fin de l’orage
Nous étions seuls
Avant l’altitude
Quel rire après tant de sérieux
Je pouvais à peine voir le fond de tes cheveux clairs.
Il y a déjà si longtemps
Si longtemps.
*
Plus aucune de mes blessures ne sied aujourd’hui
à mes habits
Avec un ciel si bleu
Je sens que les cadavres vont finir par s’abîmer
à blanc
Tout à blanc
Comme cela aurait dû toujours être
Comme cela peut encore être aujourd’hui.
Il n’y a plus qu’à trier tes points cardinaux.
*
Je te connaissais presque et presque pas
Maintenant tes cheveux sont aussi bleus que le ciel
Apparemment lointain
Mais si près
Quelle folie tu as sur tes épaules
Pour préparer tes examens
Pour chercher un logement.
*
Mais il faut tomber de temps à autre
Surtout
Quand il s’agit de nier le sang
D’être secs.
*
Je t’ai appelé et je ne savais pas ton nom
Je t’ai dit en 30 secondes tout ce que j’avais mis deux ans
a m’inventer
Pour que tu en ries
Et qu’aucun geste de tristesse, vide ou nostalgie
N’habite ton visage
Laisse cela pour des gens comme moi
Qui utilisons les cabines publiques
Pour dire au téléphone en quelques secondes
Ce qui parfois dure une éternité
*
Dis-moi ce que l’on sent quand on flotte
Quand on ne sombre plus.
Avoir l’eau jusqu’au cou
Sans même avoir pleuré une fois dans ta vie.
Dis-moi ce qu’est porter deux noms
Une ceinture
Des centaines de naufrages…
Des silences.
*
Le bleu peut très bien finir par t’emporter.
Mais qu’importe, il n’est pas aisé à chaque voyage de trouver un si grand coton derrière un arbre à moitié nu
Tu en seras un peu aveuglée, tes cheveux pleins de petites fleurs qu’il t’a offertes, car c’est cela un jour de liberté.
… C’est tout cela le bleu et les cotons flottants
*
Tu t’approches, me frôlant à peine et déjà les couleurs et les sons deviennent plus intenses ; nous montons dans un carrousel d’émotions et rien ne peut empêcher qu’à chacun de tes gestes, je me sente aspirée par cet infini cyclone.
C’est un don de vie que tu peux seul offrir, ouvrant une palette qui n’avait jamais émis de son auparavant.
¿Que vois-tu ?
*
Nelly essaie de parler avec Rodrigo de très loin.
Pendant ce temps, l’idée me vient de me pendre au ciel
Peu importe que mes yeux brillent trop
Trop violemment
Car aujourd’hui
Tout brille.
Comment c’était pour toi ? Veux-tu marcher un peu par là ?La cabane n’est pas loin…
*
Regarde, il y a du vent dans tes yeux
*
je viens de voir ma peau pleine de tes simulacres
de vol
mer et cætera
dis-moi si les cicatrices vont m’épargner
encore un certain temps
*
A mon tour d’éprouver.
Pas besoin d’extraordinaire pour admettre
que vivre c’est une immensité.
Je m’éloignerai du dictionnaire
Je ne te prendrai pas au dépourvu pour te demander une parole
Tu pourras respirer fort la couleur d’un automne évanescent
Et revenir les poches pleines de joies critiques
J’ai le temps de parler au présent
Pour savoir le poids de certains mots…
Lèvres, bouche, mains, gorge. Le temps de croire à ton artisanat.
Apprendre ton nom, sortir de ton nom.
Je sais que comme moi tu joues avec l’absence
Qu’elle est pleine de courbes… et de glucose.
*
Là, où personne ne garde le silence
Plusieurs mètres sous l’eau
Retenant la respiration
Regardant flotter les bulles
Heurtant le fond
Tombant
*
Il est l’heure de ne plus être à l’heure
Aujourd’hui j’oublierai de quoi le calendrier est fait
Et je ne mesurerai pas mes pieds
Aux cartes géographiques que j’ai accrochées aux murs
De cette chambre jetable.
(toi, c’est la vie qui bat en moi qui t’aime)
*
Sur le sentier le temps se repose
C’est un vieil homme je ne
Sais s’il profite du ciment
Ou si l’échelle des gris mettra le silence
Sur toutes les fuites
*
Qu’est-ce que nous pouvons être fous
D’ainsi laisser que la raison
Nous perde.
J’exige un voyage aux points
de suspension.
Et là, laisse-moi te faire
Ce clin d’œil nécessaire
Pour que ma forme épouse
La tienne.
*
Et voilà, tout a la transparence qui convient
Comme un murmure sur tes lèvres
Tu laisses tomber ton âme.
*
Je t’attendais.
O que tu me rends heureuse quand tu me regardes avec tes yeux
De novembre assombri.
*
Dimanche
Presse et petit déjeuner
Du coin de l’œil je te regarde
Et je ne suis pas seule au monde
Dimanche
Du temps pour tout
Et je sens que je tremble
Rien qu’en fermant les yeux.
*
Dimanche
Six jours après
Six jours avant
C’est dimanche pour rêver et s’enivrer de souvenirs
J’aime être avec toi
Sans toi, je n’ai que ma raison
Dimanche
Il y a des jardins et plein d’enfants
Et tu mes dis chérie
Dimanche
La musique de fond
Endort mon cœur
Cette île au trésor
*
Image d’ici et de là-bas
Je n’aime pas quand la route
Perd sa musique de fond
Je préfère la voix off des films
La focale exagérée
La cécité bien opportune
Loin des lunettes de vue
La mémoire des murs
M’offre son secours
Pour demain.
*
Route en mouvement
Je serai bientôt plus près de ces arbres
A des kilomètres à l’heure
Dans une voiture blanche
Ou en-dehors
*
J’avais avec moi ce livret de grammaire française que tu m’avais offert
Sur le port
Les balcons qui me rappelaient si bien
Ces histoires de jamais plus
Les couleurs qui me semblent aujourd’hui si intenses
Peut-être même plus heureuses.
*
Nous changeons, avec le temps et sans lui
Mais je te crois lorsque tu dis que le silence n’existe pas
Je te crois de loin
Et de près
Et tu ressembles
A ce regard si fort
De ma rencontre avec ta vie
De piano
De tant
De tant
*
Je t’offre ma soirée
Mais ne me dis pas dans quelle ville
sont cachées toutes ces rues
Je veux deviner, lorsque mes pieds
Fouleront le macadam
Près d’un feu rouge
Quelconque.*
Les écrivains et la musique
La nuit tombe.
Ensuite, j’ouvrirai les yeux pour te voir.
Et je prendrai ta main comme si
tout à coup le destin
nous lâchait de l’intérieur.
Et mes désirs de paix s'installent lentement.
J’entends ta voix qui de ta bouche endort le vent.
Face à nous, le temps est un hasard de rythmes.
Une vague de portraits nous accompagne
La chance de trier le possible et l’impossible.
Et de faire de l’impossible le possible.
*
Brise vagues sur les années
Julien
Pénélope
Moi
Habitués à vivre avec des vêtements d’enfant
Jouant au soleil
Toutes ces années.
*
J’étends mon corps sur le lit
Je prends mon ventre entre mes mains, je respire à fond
J’essaie de me rappeler certaines rues
Boulevards
Promesses
Mais la foi me suffit à peine
Pour lire les petites lettres
Semblables à des fourmis
D’une histoire que je connais bien
Sans l’avoir jamais lue.
*
Etoile du soir
Si tu montes l’escalier
Tu allumeras
Ce qu’un interrupteur jamais ne pourra faire.
(j’écoute toujours ta musique derrière la porte)
*
Dos au sol
Tu jouais avec les chats qui empruntaient le sentier
Les lampadaires étaient tous là, à leur place : attachés à un arbre
multiplié pour toutes tes avenues.
Dos au sol, le ciel est presque à portée de main.
*
Je pourrais parfois scanner ton âme
Tu es mon voyage au-delà de la distance
Le baiser que les quais nous offrent,
La raison juste
Au milieu des marionnettes
Tu es la réincarnation
des cartes géographiques
Et cette glace
Que l’on déguste
Lorsque les autres meurent affairés.
Et moi, je t’aime toujours.
*
Pour que tu ne m’oublies pas
Si tu voies la photo et que tu lis ceci,
Tu dois savoir que cette fleur est à toi
(celle qui est au-dessus
de toutes les autres),
Que je te la donne
Ton livre est toujours sur ma jupe… attendant d’être fini.
*
Vent de l’exil
fragile
et assassine de son seul habit
cette enfant-arbre
joue à inventer des nombres
pour l’exil
pour le vent
et ses ombres
parce que l’ombre du vent
est l’histoire verticale
de ta présence.
*
Mafalda joue à l’affrontement nucléaire
Et bien sûr
Qu’il y a des escaliers qui ne nous font pas regretter les ascenseurs
*
Je voudrais quelquefois dormir comme lui. Bien que je me doute combien cela me rendrait rêveuse, comme aujourd’hui l’image titubante sur la table de chevet. Comme cette créature s’affaire… papillon de nuit, maladroit, fragile, mite kamikaze. Alors que je baille, elle vole. Alors que je m’éteins, elle traverse à la vitesse de la non-lumière, l’éclair géant et brûlant qui éclaire à peine le livre de mon insomnie.
Eh bien, si cette mite se posait sur cet oreiller qui me fixe (et ne m’embrasse pas), elle verrait de cette perspective que la lumière de la petite lampe n’est qu’un dispositif mis là à disposition de N.-D. la Physique et tous les autres dieux qui y demeurent n’arrêtent pas de crier pour que nous, qui ne dormons jamais quand c’est l’heure, nous nous brûlions les sourcils et nos espoirs.
*
Chair de poule
Et si tu zoomes sur la
musique de ses vertèbres
Nos vertèbres
Le vent tiède
De février
Se hérisse
*
Je ne parle pas encore de toi
J’attends, sans faire de bruit
Une petite fuite du destin
De ne pas t’avoir vu
De toutes ces années
Errant comme une mite
Hors lumière
*
Je n’ai pas non plus le courage
De demander pardon
pour ne point t’avoir vu tout de suite
Alors que tu écrivais ces messages
Au creux d’une bouteille
Sans génie, sans désir,
Acceptant seules les situations nécessaires
Négligeant le superflu
Que j’hébergeais dans mes valises.
*
Ma tombe sur la lune
Ce qu’ici nous avons trouvé
N’est ni le ciel
Ni la mer
Pas plus qu’une scène destinée à un film de Subiela
Lorsque la pute et le poète se regardent
D’une certaine manière
Comme nous le faisons à l’instant
Main dans la main et en silence
Nous permettons que le vent
Puis le crépuscule nous chantent
Un orangé welcome to heaven, adieu solitude !
*
Il ne faudrait pas
Qu’à force de te chercher je te trouve
Et t’offre une carapace indestructible
Avec plein de pouvoirs
Pour te soustraire à la tristesse
Qui naît chaque dimanche
Il ne faudrait pas
Que je rêve un soir de toi
Et finisse m’éclairant au coucher du soleil
Qui tombe de tes joues
Pour pouvoir vivre sans souffle
Te cherchant dans l’infini
Il ne faudrait pas
Qu’on trouve un sens à te connaître
A mon âme ancrée tel un couteau
Déjà trop tard pour te défendre
Habillée de ta cuirasse.
*
Je me demande quelle heure il peut bien être à ta pendule. Et c’est curieux, car je ne sais même pas l’heure qu’il est ici, chez moi. Je t’écris à la faible lumière d’une petite ampoule orangée, et je n’entends que le bruit du crayon sur le papier, et les autos au loin. Je pense que le sud, c’est du sérieux : on aime facilement.
