vendredi 5 décembre 2008

Bienvenue, Cida Ivonery - Brésil


Ici je prolonge ce que communément
On appelle silence.

Le poids de l’au douce
Fond quand nous partons loin.

C’est pourquoi je suis ici
En ce lieu où je compte les étoiles

Je sens encore la main blanche de la lune
Quand je tente de voir ton visage

Et c’est pourquoi je te parcours
Comme en buvant un grand verre d’eau

Et c’est pourquoi je te mastique lentement
Et les poisons ne me font rien

C’est ainsi qu’une autre face m’apparaît
Différente de celle où je n’ai plus besoin de toi.



*




O peso da água doce funde-se ao partirmos para longe.

Procuro ser breve, pois o tempo corre ao contrário e já existem muitos pavores gastos.

Assim, estou sentada neste lugar onde vou contando as estrelas.

Ainda sinto a mão branca da lua quando tento imaginar-te,
por isso percorro-te como quem bebe um copo de água:
mastigo-te demoradamente, sofrendo todos os venenos.
Descubro o outro lado de que não necessito de ti.




*



Alargo aquí eso
Que comúnmente llaman silencio.

El peso del agua dulce se funde
Cuando nos vamos lejos.

Por eso estoy sentada aquí en este lugar
Donde voy contando estrellas.

Siento aún la mano blanca de la luna
Al intentar imaginarte.

Por eso te recorro
Como quien bebe un vaso de agua

Por eso te mastico lentamente
Aguantando los venenos todos.

Así voy descubriendo la otra cara
De no necesitarte.



(http://bem-te-vi-voar.blogspot.com/)

jeudi 4 décembre 2008

Voiliers


"Voiliers, quel joli mot"
(Pamela Bram)
Voiliers : moitié oiseaux, moitié poissons.


Plus la mer.

mercredi 3 décembre 2008

Souvent Barbarie....


La Barbarie mange ses figues,

Déploie ses grandes orgues,

Ses filles minces et nues,

Ses guerriers sanguinolents.

La Barbarie aussi

descend du singe.

Croit en Dieu

Fréquente le vin de messe

Se marie en Mairie

et souvent en église.

La Barbarie se fait la barbe,

la malle au moindre vent.

Au nom de la loi tue

en salade,

et meurt pour la Patrie.

Souvent Barbarie...

mardi 2 décembre 2008

Totila blues ou l'ombre que les morts nous laissent


Dans cette nuit noire

Dans cette nuit noire

où l'on craint le silence

comme le sang

la mort s'avance. Elle pique

dans notre assiette et nous

fait ce sugne que nous redoutons

tant.

Elle sait se faire belle

et prend des maquillages

ultra-legers et des voix

qui nous charmeraient à moins

qui sont des souffles.

La mort n'a pas de sonnettes,

elle marche silencieuse

comme une étrangère

dans le sable du désert

quand elle nous fait ce signe

que nous redoutons tant.

lundi 1 décembre 2008

Message ramassé au vol


Mangerons-nous un jour

Des saucisses du Bd. Sébastopol?

Je connais un banc en fer et bois

Quelque part dans un square.

Je l’ai déjà vu héberger des amours du lundi après-midi

Des pleurs, des prières sans doute.

Et ce sera peut-être possible. Si c’est le cas,

Laisse-moi un mot sous le tapis. Il y a des mois que

Je n’allume plus mon portable.


(à p. b.)

dimanche 23 novembre 2008

Pensées pour chien (extrait de "Mes chiens")


1

Prenez un chien de taille moyenne et taillez-le. S'il reste avec vous sans se tailler, gardez-le, c'est un bon chien, un chien à votre taille...


2

L'homme est un animal qui aboie comme son chien.


3

Un chien qui a un bon maître et le garde, c'est un chien qui sait ce qu'il fait.


4

L'homme est un loup pour rien


5

L'homme est un loup pour l'homme, c'est pour cela qu'il est vraiment chien avec les chiens.


6

Nous n'avons rien à dire, dit le chien, nous ne parlerons qu'en présence de notre avocat.


7

Un ragoût de chien, dans une casserole, quel bon poisson d'avril...!


8

Seul le dérisoire compte, dit le chien, et il se recoucha au soleil.

vendredi 21 novembre 2008

Le journal Permanent de la poésie - Poezibao




Pour les amateurs, les éclairés, les borgnes, les illuminées, les poètes, les lecteurs, les oiseaux, les tordus, les moites...




notez ce lien, il peut vous sauver la vie...








Un weblog ouvert et fermé aux heures de repas, de bureau, aux heures creuses, aux heures d'arrivée, de pointe, aux heures de départ, aux heures d'été et d'hiver, à l'heure du berger, à la bonne heure, aux heures fixes, à ses heures, à la première heure, à l'heure H, à toute à l'heure...




On peut s'abonner.



"Fragments" de Pamela Bram, choix et traduction Caminante K


Pamela Bram











Jeune poétesse chilienne. Pendant des années, elle a éparpillée sur la toile des miriades de poèmes. L'amour éperdu et impossible est son thème récurrent. Mais, pas seulement... La solitude, la folie, l'enfance... font partie des thèmes qu'elle aborde avec une écriture fine et délicate, méandreuse, précieuse... Planètes et horloges, Née pour plevoir, Fleurs d'Argile... sont quelques titres de recueils, jamais publiés sur papier. Márgenes de un libro usado (Marges d'un livre usé) est le titre d'un recueil à sortir prochainement en volume. Les fragments publiés ici ont été recueillis et traduits par l'auteur de ce blog










Fragments











Il y a des fumeurs de fleurs
Il y en a d’autres qui vous parlent comme si vos regards se connaissaient
depuis quelque improbable voyage,
alors que se voir jamais n’a été chose sûre.
Mais un homme existe-t-il qui puisse nous prononcer originellement ?
Je connais cette sensation de malaise et les doigts ridés après avoir fumé.

Je repense aux coquelicots. A tes coquelicots…
Je crois qu’une fois dans ma vie, une seule fois, j’en ai eu un entre mes doigts.
Je n’ai pas osé le humer. S’il en perdait le parfum, jamais je ne me le serais pardonné.
Il faut qu’une certaine magie demeure

*

En ce moment, j’aimerais oublier tout ce que je vis quotidiennement et faire comme ces ours qui prennent leur tanière pour l’hiver… je veux lire ces livres que j’avais mis de côté il y a si longtemps… écouter la musique à tout berzingue, comme si la fin du monde approchait. Et marcher sans peur de la pluie ou du froid… faire tant de choses…

*

Depuis hier je suis de retour, il y a une semaine que je suis au dehors. J’en ai profité pour dormir de mon plus beau sommeil en retard. Et pourtant, une fois de plus, ouvrir les yeux ce matin n’a rien eu de facile. Sans doute devrais-je user de mon temps différemment, comme par le passé, pou une plus grande introspection, loin du tumulte des grandes villes. Ecrire, en regardant passer les choses, oubliant presque la phase émotionnelle dont de plus en plus je me passe, sentir le vide de l’existence tout au fond de moi-même, et non pas l’éluder, comme je l’ai fait dernièrement.

*

La vérité, c’est que je sens l’ennui prendre possession de mon esprit, tel un manteau plutôt désagréable. Je me sens paralysée, sans train d’atterrissage. Je lis le livre de Marguerite Duras, et j’ai du mal à avancer. Au-delà des problèmes de langue et de temps, je crois que c’est le récit aussi … fulgurant comme l'amour, silencieux comme la mort, grave comme la folie, âpre comme la révolution, magique comme un jeu sacré...

Je penserai à Edgard Morin…

*


Mon petit prince

Vincent…

Que le temps passe
Ma petite aventure
Lorsque nous parlions du monde
Et des planètes qui chantent des chansons
Qui ne sont plus des berceuses.


*


C’est la nouvelle année… En ce début d’année 2000 et quelque… ou tout autre imposée par la calendrier, je ne m’attends pas à être heureuse. Sauf par instants… Le reste du temps qu’il soit temps d’apprendre, de tomber ou de se relever, je serai comme une goutte de pluie de plus sur la planète.

Cela fait presque une semaine que je ne voyais plus le coucher calme du soleil.


*


Jusqu’aux feuilles mortes semblent sur Toulouse prendre des couleurs autres, et crisser différemment sans doute…

Et, comme en revenant en enfance, la fenêtre ouverte, ensoleillée et lumineuse, alors que tu es déjà sur la rive élégante de l’hiver, je te demande…

Veux-tu qu’on soit amis ?

*


Nouvelle année

J’aime les cartes postales, mais je ne sais jusqu’où ira le ciel.
La migraine est de tous les mauvais moments.

Si tu y vas… mets-moi de côté un peu de ton haleine, je veux respirer fort, là, dans Argés.

Ici, dans mes mains, ce n’est pas encore l’hiver.

Mais les cloches de l’arrivée d’un nouveau chiffre sur le calendrier ne laisse sur ma jupe qu’un mot impossible…

« Oublier ».
*

Cette couleur dans le ciel est un mélange de saveurs et d’odeurs étranges
qui me rappellent un pays autre.

Après, dans l'auto, la vitre à peine à la moitié de sa vie, je me rends au charme des arbres de la route…

Quelle belle image !


*


La lourdeur du ciel
plein de rochers
et de sable transparent

*


Chili. Région n° 9, la rue de presque tous les jours

Et cet arbre
Que je vois changer de saison
Comme on change d'habit.


*

Une place… balade genre touriste
Sortant du nid
Des attentes pour rien.

*


Près de Valdivia
Avant la mort du soleil, tout ce bleu.

Une cigarette

Et le vent bleu.

*

Je ne pourrai jamais décrire ce que l’on sent pieds nus au milieu d’un chemin éternel qui ne sera jamais couvert.

A mon tour de prendre le côté du miroir ; je vais voir si j'ai retenu les gestes que tu fais quand tu es seule. Je veux connaître ce jour après lequel tu cours. Je veux le retenir et te l’offrir pour que tu dises « merci », tout en sachant que ce mot est absent du dictionnaire, et que malgré tout tu pourras le prononcer sans que ton orgueil soit classé en faillite.


*

[j’ai parfois l’impression d’une couleur récurrente, un signe, une éternité faite de feuilles qui crissent et ses bras…]

*

le temps a passé
tu empruntes la même rue
tu sens qu’elle a changé
et même que tes yeux sont plus vieux
ou simplement différents

*

Je dois aller à *, c’est à une heure d’ici. J’y passe le meilleur de mon temps. Hier, alors que j’attendais que le feu passe au vert, je regardais l’éclairage public, des fils dont je prenais jadis des photos, comme par vice. Je me demandais quelle photo je pourrais te montrer, quelle image pourrait résumer ce que je vis au quotidien… et je pense l’avoir trouvée, mais mon appareil fait ce qu’il veut, je ne l’utilise plus depuis des mois, j’en ai abandonné l’idée. Vois-tu comment à chaque fois dans chaque chose on renonce à une partie de soi ?

*


Ici quelqu’un est déjà passé.

J’aime fouler ces feuilles mortes.

*


Sentir la rouille à l’intérieur, c’est s’éloigner lentement.


*


Chaque fois que nous parlons puis nous arrêtons de parler, je sens de nouveau que je m’égare.


*

J’aime la femme qui avance
Sans se demander jusqu’à quand le vent
Jouera avec ses sentiments
Puis, tout sera voyager sur un baiser
D’elle, jusqu’à son nom
Sophia.


*

Je ne suis jamais loin de ses grands yeux qui ont ri avec moi, là-bas au nord, dans les collines près du port.

*
Je n’oublierai jamais son écharpe bleue, son odeur de bois, sa voix, sa vie… et ce mouchoir blanc, si à moi, si à l’abri entre ses mains


*



Avec lui j’ai appris que si tu fermes une porte c’est un monde que tu fermes
Que tu peux te rendre invisible en cachant tes mains avec tes yeux
Que les fleurs aussi ont froid et qu'elles ont peur
Que chaque jour est unique et que la vie passe, aussi fragile et légère qu’un sourire.

(même s’il y a des moments où il croise les bras et parle seul)

Avec lui, les contes que j’écris ont des fins heureuses.


*


Amie, laisse-moi t’écouter et te dire

Quel a été le goût de tout ce temps

D’absence.


Le jour viendra où la fumée
sortira de nos bouches

Laisse-moi t’embrasser et recevoir ton baiser !


*


Pas même tes souvenirs ne t’appartiennent, quelqu’un a dû t’inventer une enfance à la mesure, dans une ville à l’intérieur des terres.
Il semble que les aiguilles de mes lèvres et les bouts de mes doigts vont fondre au feu. J’éteins et le calme revient, le silence. Une semaine après l’autre.

(par suite, j’ai osé te parler, et en partageant une cigarette, nous avons compté les vagues, conté nos folies, nous nous sommes menti sur nos vies)


*


Et le temps ne cesse d’aller venir tourner en rond

Une mappemonde remplie de tout ce que les oiseaux attendent

Et tu souries

Et je souris.


J’ai toujours rêvé d’un jour orange.


*


Je l’ai trouvée au beau milieu d’un après-midi. Quelle est, lui dis-je, cette vieille amitié que tu gardes dans tes mains. Elle m’a surprise, elle m’a émue avec un peu de sa tendresse.

Elle m’a dit que c’était son enfant et qu’elle l’aimait, puis elle le caresse, l’approche d’elle et lui parle comme quelqu’un qui s’occupe d’un enfant ou d’un ami fragile.

Je ne pouvais rater une telle scène

Il ne sera plus pareil de voir cette roue qui tourne ou cette sphère transparente avec lui à l’intérieur… dans la maison.


*


Je regrette parfois ce temps où seul importait d’être libre
Où les sourires venaient naturellement
Et les années à venir
N’étaient qu’un tas d’ « on verra bien »

Sauf que maintenant plus de dame peignant des huiles surréalistes
Elle est loin
Et des yeux verts il n’y en a plus beaucoup dans mes soirées

C’est l’âge peut-être

Ou qu’en vieillissant un peu de notre âme se détache

Et que juste un peu de temps nous est donné
Pour évoquer le bon vieux temps


*


Il y a trop de mondes essayant de tenir
Et peu de possibilités d’atteindre une corde
Oublier les nœuds
S’attacher
Se détacher
Sans tomber dans l’orage.

*


Chaque balançoire qui se laisse séduire par le vent,
me rappelle qu’il n’y a pas
de plus beau voyage que celui
que l’on fait sans payer,
à l’intérieur de soi.

Que je peux pincer le peu d’humain qui me reste
et redevenir l’héroïne que l’on voyait souvent dans tes caricatures

Je viendrai. Toujours.


*


Nous la fuyions parce qu’elle riait fort comme quand il pleut et il n’y a plus de parapluie sur pied
Il n’y avait qu’à courir et attendre la fin de l’orage
Nous étions seuls
Avant l’altitude

Quel rire après tant de sérieux

Je pouvais à peine voir le fond de tes cheveux clairs.

Il y a déjà si longtemps

Si longtemps.


*



Plus aucune de mes blessures ne sied aujourd’hui
à mes habits
Avec un ciel si bleu
Je sens que les cadavres vont finir par s’abîmer
à blanc
Tout à blanc
Comme cela aurait dû toujours être
Comme cela peut encore être aujourd’hui.




Il n’y a plus qu’à trier tes points cardinaux.


*


Je te connaissais presque et presque pas
Maintenant tes cheveux sont aussi bleus que le ciel
Apparemment lointain
Mais si près

Quelle folie tu as sur tes épaules

Pour préparer tes examens

Pour chercher un logement.


*


Mais il faut tomber de temps à autre
Surtout

Quand il s’agit de nier le sang

D’être secs.

*


Je t’ai appelé et je ne savais pas ton nom

Je t’ai dit en 30 secondes tout ce que j’avais mis deux ans
a m’inventer

Pour que tu en ries
Et qu’aucun geste de tristesse, vide ou nostalgie
N’habite ton visage

Laisse cela pour des gens comme moi

Qui utilisons les cabines publiques
Pour dire au téléphone en quelques secondes
Ce qui parfois dure une éternité


*


Dis-moi ce que l’on sent quand on flotte
Quand on ne sombre plus.
Avoir l’eau jusqu’au cou
Sans même avoir pleuré une fois dans ta vie.

Dis-moi ce qu’est porter deux noms
Une ceinture
Des centaines de naufrages…
Des silences.

*


Le bleu peut très bien finir par t’emporter.
Mais qu’importe, il n’est pas aisé à chaque voyage de trouver un si grand coton derrière un arbre à moitié nu

Tu en seras un peu aveuglée, tes cheveux pleins de petites fleurs qu’il t’a offertes, car c’est cela un jour de liberté.

… C’est tout cela le bleu et les cotons flottants

*


Tu t’approches, me frôlant à peine et déjà les couleurs et les sons deviennent plus intenses ; nous montons dans un carrousel d’émotions et rien ne peut empêcher qu’à chacun de tes gestes, je me sente aspirée par cet infini cyclone.

C’est un don de vie que tu peux seul offrir, ouvrant une palette qui n’avait jamais émis de son auparavant.

¿Que vois-tu ?


*


Nelly essaie de parler avec Rodrigo de très loin.

Pendant ce temps, l’idée me vient de me pendre au ciel
Peu importe que mes yeux brillent trop
Trop violemment
Car aujourd’hui
Tout brille.

Comment c’était pour toi ? Veux-tu marcher un peu par là ?La cabane n’est pas loin…

*

Regarde, il y a du vent dans tes yeux


*


je viens de voir ma peau pleine de tes simulacres
de vol
mer et cætera

dis-moi si les cicatrices vont m’épargner
encore un certain temps


*


A mon tour d’éprouver.
Pas besoin d’extraordinaire pour admettre
que vivre c’est une immensité.
Je m’éloignerai du dictionnaire
Je ne te prendrai pas au dépourvu pour te demander une parole
Tu pourras respirer fort la couleur d’un automne évanescent
Et revenir les poches pleines de joies critiques
J’ai le temps de parler au présent
Pour savoir le poids de certains mots…
Lèvres, bouche, mains, gorge. Le temps de croire à ton artisanat.
Apprendre ton nom, sortir de ton nom.
Je sais que comme moi tu joues avec l’absence
Qu’elle est pleine de courbes… et de glucose.


*


Là, où personne ne garde le silence

Plusieurs mètres sous l’eau
Retenant la respiration
Regardant flotter les bulles
Heurtant le fond
Tombant

*

Il est l’heure de ne plus être à l’heure
Aujourd’hui j’oublierai de quoi le calendrier est fait
Et je ne mesurerai pas mes pieds
Aux cartes géographiques que j’ai accrochées aux murs
De cette chambre jetable.

(toi, c’est la vie qui bat en moi qui t’aime)


*


Sur le sentier le temps se repose
C’est un vieil homme je ne
Sais s’il profite du ciment
Ou si l’échelle des gris mettra le silence
Sur toutes les fuites
*


Qu’est-ce que nous pouvons être fous
D’ainsi laisser que la raison
Nous perde.
J’exige un voyage aux points
de suspension.

Et là, laisse-moi te faire
Ce clin d’œil nécessaire
Pour que ma forme épouse
La tienne.


*


Et voilà, tout a la transparence qui convient

Comme un murmure sur tes lèvres
Tu laisses tomber ton âme.

*

Je t’attendais.
O que tu me rends heureuse quand tu me regardes avec tes yeux
De novembre assombri.
*

Dimanche

Presse et petit déjeuner
Du coin de l’œil je te regarde
Et je ne suis pas seule au monde
Dimanche
Du temps pour tout
Et je sens que je tremble
Rien qu’en fermant les yeux.


*


Dimanche

Six jours après
Six jours avant
C’est dimanche pour rêver et s’enivrer de souvenirs
J’aime être avec toi
Sans toi, je n’ai que ma raison
Dimanche
Il y a des jardins et plein d’enfants
Et tu mes dis chérie
Dimanche
La musique de fond
Endort mon cœur
Cette île au trésor






*


Image d’ici et de là-bas

Je n’aime pas quand la route
Perd sa musique de fond

Je préfère la voix off des films
La focale exagérée

La cécité bien opportune
Loin des lunettes de vue

La mémoire des murs
M’offre son secours
Pour demain.









*


Route en mouvement

Je serai bientôt plus près de ces arbres
A des kilomètres à l’heure
Dans une voiture blanche
Ou en-dehors

*


J’avais avec moi ce livret de grammaire française que tu m’avais offert
Sur le port
Les balcons qui me rappelaient si bien
Ces histoires de jamais plus
Les couleurs qui me semblent aujourd’hui si intenses
Peut-être même plus heureuses.


*


Nous changeons, avec le temps et sans lui

Mais je te crois lorsque tu dis que le silence n’existe pas
Je te crois de loin
Et de près
Et tu ressembles
A ce regard si fort
De ma rencontre avec ta vie
De piano
De tant

De tant


*

Je t’offre ma soirée

Mais ne me dis pas dans quelle ville
sont cachées toutes ces rues
Je veux deviner, lorsque mes pieds
Fouleront le macadam
Près d’un feu rouge
Quelconque.*

Les écrivains et la musique

La nuit tombe.
Ensuite, j’ouvrirai les yeux pour te voir.
Et je prendrai ta main comme si
tout à coup le destin
nous lâchait de l’intérieur.
Et mes désirs de paix s'installent lentement.
J’entends ta voix qui de ta bouche endort le vent.
Face à nous, le temps est un hasard de rythmes.
Une vague de portraits nous accompagne
La chance de trier le possible et l’impossible.
Et de faire de l’impossible le possible.


*


Brise vagues sur les années
Julien
Pénélope
Moi

Habitués à vivre avec des vêtements d’enfant
Jouant au soleil
Toutes ces années.






*


J’étends mon corps sur le lit
Je prends mon ventre entre mes mains, je respire à fond
J’essaie de me rappeler certaines rues
Boulevards
Promesses
Mais la foi me suffit à peine
Pour lire les petites lettres
Semblables à des fourmis
D’une histoire que je connais bien
Sans l’avoir jamais lue.









*


Etoile du soir

Si tu montes l’escalier
Tu allumeras
Ce qu’un interrupteur jamais ne pourra faire.

(j’écoute toujours ta musique derrière la porte)









*

Dos au sol

Tu jouais avec les chats qui empruntaient le sentier
Les lampadaires étaient tous là, à leur place : attachés à un arbre
multiplié pour toutes tes avenues.
Dos au sol, le ciel est presque à portée de main.


*


Je pourrais parfois scanner ton âme

Tu es mon voyage au-delà de la distance
Le baiser que les quais nous offrent,
La raison juste
Au milieu des marionnettes
Tu es la réincarnation
des cartes géographiques
Et cette glace
Que l’on déguste
Lorsque les autres meurent affairés.

Et moi, je t’aime toujours.

*

Pour que tu ne m’oublies pas

Si tu voies la photo et que tu lis ceci,
Tu dois savoir que cette fleur est à toi
(celle qui est au-dessus
de toutes les autres),
Que je te la donne

Ton livre est toujours sur ma jupe… attendant d’être fini.


*


Vent de l’exil

fragile
et assassine de son seul habit
cette enfant-arbre
joue à inventer des nombres
pour l’exil
pour le vent
et ses ombres
parce que l’ombre du vent
est l’histoire verticale
de ta présence.

*

Mafalda joue à l’affrontement nucléaire

Et bien sûr
Qu’il y a des escaliers qui ne nous font pas regretter les ascenseurs


*


Je voudrais quelquefois dormir comme lui. Bien que je me doute combien cela me rendrait rêveuse, comme aujourd’hui l’image titubante sur la table de chevet. Comme cette créature s’affaire… papillon de nuit, maladroit, fragile, mite kamikaze. Alors que je baille, elle vole. Alors que je m’éteins, elle traverse à la vitesse de la non-lumière, l’éclair géant et brûlant qui éclaire à peine le livre de mon insomnie.
Eh bien, si cette mite se posait sur cet oreiller qui me fixe (et ne m’embrasse pas), elle verrait de cette perspective que la lumière de la petite lampe n’est qu’un dispositif mis là à disposition de N.-D. la Physique et tous les autres dieux qui y demeurent n’arrêtent pas de crier pour que nous, qui ne dormons jamais quand c’est l’heure, nous nous brûlions les sourcils et nos espoirs.


*

Chair de poule

Et si tu zoomes sur la
musique de ses vertèbres
Nos vertèbres
Le vent tiède
De février
Se hérisse






*


Je ne parle pas encore de toi

J’attends, sans faire de bruit
Une petite fuite du destin
De ne pas t’avoir vu
De toutes ces années
Errant comme une mite
Hors lumière


*






Je n’ai pas non plus le courage
De demander pardon
pour ne point t’avoir vu tout de suite
Alors que tu écrivais ces messages
Au creux d’une bouteille
Sans génie, sans désir,
Acceptant seules les situations nécessaires
Négligeant le superflu
Que j’hébergeais dans mes valises.





*


Ma tombe sur la lune

Ce qu’ici nous avons trouvé
N’est ni le ciel
Ni la mer
Pas plus qu’une scène destinée à un film de Subiela
Lorsque la pute et le poète se regardent
D’une certaine manière
Comme nous le faisons à l’instant
Main dans la main et en silence
Nous permettons que le vent
Puis le crépuscule nous chantent
Un orangé welcome to heaven, adieu solitude !









*


Il ne faudrait pas
Qu’à force de te chercher je te trouve
Et t’offre une carapace indestructible
Avec plein de pouvoirs
Pour te soustraire à la tristesse
Qui naît chaque dimanche

Il ne faudrait pas
Que je rêve un soir de toi
Et finisse m’éclairant au coucher du soleil
Qui tombe de tes joues
Pour pouvoir vivre sans souffle
Te cherchant dans l’infini

Il ne faudrait pas
Qu’on trouve un sens à te connaître
A mon âme ancrée tel un couteau
Déjà trop tard pour te défendre
Habillée de ta cuirasse.

*

Je me demande quelle heure il peut bien être à ta pendule. Et c’est curieux, car je ne sais même pas l’heure qu’il est ici, chez moi. Je t’écris à la faible lumière d’une petite ampoule orangée, et je n’entends que le bruit du crayon sur le papier, et les autos au loin. Je pense que le sud, c’est du sérieux : on aime facilement.























mercredi 19 novembre 2008

Les poètes de ma vie (hommage)

Le premier est Yves Bonnefoy

Poète et philosophe. Il crée en 1953 le personnage de Douve, mystérieuse femme vivante et morte, être multiple et unique qui relie la mort et la présence, l’absence et l’infini.











Évocation



Et la poésie...? Et celle d'Yves Bonnefoy...?

Qui me connait sait. Elle a toujours été plus qu'une compagne de voyage.

A l'époque dont je vous parle, Yves Bonnefoy n'était pas encore au programme des terminales et des universités, mais il était déjà en poche Gallimard, le premier pas pour la consécration d'un poète. C'étaient les années d'études à Paris VII Censier (Sens scié disaient les malins; déjà). Du mouvement et de l'immobilité de Douve était tombé dans mes mains et ce fut une découverte. De ce recueil, un vers martelait constamment mon esprit: "Je vois Douve étendue". Et c'était dans un silence de mort que peu à peu, la phrase prenait sens, à la manière de ces fleurs japonaises qui s'épanouissent dans l'eau.

Récemment, comme je parlais de ce poète avec quelqu'un - une très jeune femme, nous étions tombés d'accord sur la force en quelque sorte extraordinaire de ces vers, en particulier du début (Théâtre).

J'ai alors eu envie de lui offrir un recueil de ce poète qu'elle ne connaissait pas.

Il aurait été bien simple de me rendre dans une librairie et de lui commander un ouvrage: il y a de belles éditions de Y. Bonnefoy, même en poche. Mais je conservais mon vieil exemplaire, bien abîmé, aux feuillets détachés, et même annoté, bref, usé. C'est pourtant celui-là que j'ai voulu lui offrir, sans trop savoir pourquoi, sans doute une envie subite de partager très concrètement une ferveur qui commençait à dater.

Je pense qu'elle a apprécié, car, depuis, elle m'en a parlé à plusieurs reprises.

Ce n'est que bien plus tard que l'envie m'es venue de traduire.

D'abord Yves Bonnefoy, puis d'autres choses.

Je n'avance pas vite, juste à mon rythme. Je constate simplement que cela va mieux lorsqu'il bruine et le ciel n'est pas dégagé.





Poèmes

(extraits)


Douve parle

I


Quelquefois, disais-tu, errante à l’aube
Sur des chemins noircis,
Je partageais l’hypnose de la pierre,
J’étais aveugle comme elle.
Or est venu ce vent par quoi mes comédies
Se sont élucidées en l’acte de mourir.

Je désirais l’été,
Un furieux été pour assécher mes larmes,
Or est venu ce froid qui grandit dans mes membres,
Et je fus éveillée et je souffris.



II


O fatale saison,
O terre la plus nues comme une lame
Je désirais l’été,
Qui a rompu ce fer dans le vieux sang ?

Vraiment je fus heureuse
A ce point de mourir.
Les yeux perdus, mes mains s’ouvrant à la souillure
D’une éternelle pluie.

Je criais, j’affrontais de ma face le vent…
Pourquoi haïr, pourquoi pleurer, j’étais vivante,
L’été profond, le jour me rassuraient.



III


Que le verbe s’éteigne
Sur cette face de l’être où nous sommes exposés,
Sur cette aridité que traverse
Le seul vent de finitude.

Que celui qui brûlait debout
Comme une vigne
Que l’extrême chanteur roule de la crête
Illuminant
L’immense matière indicible.

Que le verbe s’éteigne
Dans cette pièce basse où tu me rejoins
Que l’âtre du cri se resserre
Sur nos mots rougeoyants.

Que le froid par ma mort se lève et prenne un sens.


*

Je me réveille, il pleut. Le vent te pénètre. Douve, lande résineuse endormie près de moi. Je suis sur une terrasse, dans un trou de mort. De grands chiens de feuillages tremblent.


Les bras que tu soulèves, soudain, sur une porte m’illumine à travers les âges. Village de braise, à chaque instant je te vois naître, Douve.

À chaque instant mourir.

La Salamandre



« Regarde-moi, regarde-moi, j’ai couru ! »

Je suis près de toi, Douve, je t’éclaire. Il n’y a plus entre nous que cette lampe rocailleuse, ce peu d’ombre apaisé, nos mains que l’ombre attend. Salamandre surprise, tu demeures immobile.
Ayant vécu l’instant où la chair la chair la plus proche se mue en connaissance.

AUX ARBRES



Vous qui vous êtes effacés sur son passage,
Qui avez refermé sur elle vos chemins,
Impassibles garants que Douve même morte
Sera lumière encore n'étant rien.

Vous fibreuse matière et densité,
Arbres proches de moi quand elle s'est jetée
Dans la barque des morts et la bouche serrée
Sur l'obole de faim, de froid et de silence.

J'entends à travers vous quel dialogue elle tente
Avec les chiens, avec l'informe nautonier,
Et je vous appartiens par son cheminement
À travers tant de nuit et malgré tout ce fleuve.

Le tonnerre profond qui roule sur vos branches,
Les fêtes qu'il enflamme au sommet de l'été
Signifient qu'elle lie sa fortune à la mienne
Dans la médiation de votre austérité.

(Du mouvement et de l'immobilité de Douve, 1953, Gallimard)

Totila blues ou l'ombre que les morts nous laissent (poésie, extraits)


Évocation de Gérard de Nerval

1
Dans cette nuit noire
Où l’on craint le silence
Comme le sang
La mort s’avance. Elle pique
Dans notre assiette et nous
Fait ce signe que nous redoutons
Tant.
Elle sait se faire belle
Et prendre des maquillages
Ultra légers et des voix
Qui sont des souffles.
La mort n’a pas de sonnettes,
Elle marche silencieuse
Comme une étrangère
Dans le sable du désert
Quand elle nous fait ce signe
Que nous redoutons tant.



2
La mort des amis des familiers
Est ce signe en forme de point
D’interrogation qui nous arrête net
Dans l’élan fou de vivre

La mort se mange par petites
Comme le bonheur. Tout comme.
Et s’avale cul sec
Même après une longue maladie.

La mort n’inquiète pas, elle obsède.
Elle n’appelle pas, elle prend.
Elle est un fruit qu’on croque mort,
Une passerelle vers un pays où la nuit

Est longue et froide
Et silencieuse comme les ténèbres.

La saison d'Isabelle (poésie en prose)


L'Oubli ou la nuit



1

Et nous aurons joué notre saison ensemble. D’un tour de piste, un seul.
Un tour de main, un seul. Je parle, bien sûr, d’un soir de découverte.

- C’est tous les étés pareil ! A notre seule présence, la mer et la lumière se cachent. De concert.



2

La Nuit sera bientôt là. Et il faudra préparer l’odeur humide de la lampe. Et il faudra une pensée pour décembre. Et le sommeil. Et le berceau. Et si le sang coulait… ?

La Nuit sera bientôt là. Et l’interminable début. Dans les banlieues, le nord y est déjà. Et ses froids précoces. Et ses peurs.



3

Qu'il ne soit rien dit de nous, rien, ou alors...


Ou alors, oui, mieux encore mourir !



4

- Attendras-tu encore longtems… ? Et ce buisson ne finira-t-il pas par sécher ? Et dans notre douceur au vent… n’étions-nous pas aussi ensemble?

- Mais toi, tu étais plus en évidence, surtout grâce au calme, au calme de tes mains, enfin sans nulle urgence.


Stances (poème)


Stance d'automne

Le rythme du temps s’est assombri
- Que la lune nous tombe dessus
Et tout sera perdu,
Tout.

Et le crépuscule
Sera comme un grand voile
Sur lequel souffle le temps.

Comme une épée
Dont l’air sera la cape
Et le sang
Ecladoussera les pages.